Épisode 1 – Les mots en secret, l’écriture comme refuge​

IMG-20181007-WA0005

Il faut dire que j’ai toujours eu une certaine facilité à inventer des histoires. Mon dernier enfant adorait que je lui raconte des histoires « sorties de ma tête », comme elle disait. Ces moments sont pour moi les plus précieux : je me laissais emporter sur des chemins fluides ou tortueux à la recherche d’un trésor ou d’une personne, et elle était suspendue à mes lèvres, incapable de s’endormir tant elle était captivée.

À cette époque-là, je n’écrivais pas encore de « vraies » histoires. Comment cela a-t-il commencé ?

En fait, j’ai toujours écrit. Quand j’étais enfant, puis adolescente, je noircissais des cahiers de pensées divergentes, de sensations compliquées où je me sentais seule, perdue et malheureuse à l’intérieur.

Je dis souvent que je suis une rescapée de la vie, dans le sens où j’ai traversé un monde de violences, qu’elles soient physiques ou psychologiques. J’aime dire que j’ai grandi comme j’ai pu.

J’écrivais tous mes passages douloureux, que je cachais soigneusement dans un placard. Un jour, j’ai écrit un passage particulièrement intense et je l’ai envoyé à une personne de ma famille, celui-là même qui avait été l’initiateur de la violence que j’avais vécue.

Bien plus tard, en relisant cette lettre, j’ai réalisé que j’avais oublié certains détails de ce que j’avais vécu. Et à cet instant précis, j’ai compris que l’écriture pouvait être une véritable thérapie, une manière de panser partiellement les plaies.

Épisode 2 – Les mots qui libèrent, briser le cycle

201810_ValNice3

Le jour où j’ai compris que l’écriture pouvait être une thérapie, j’ai décidé de poser sur le papier ce que j’avais vécu. J’ai replongé dans mes souvenirs, fouillé dans les histoires qu’on racontait sur moi dans ma famille. J’ai écrit des passages sombres, de ceux qui bouleversent, qui nouent l’estomac.

Longtemps, j’ai cru être responsable de ce que je traversais, comme si ces souffrances étaient ma faute. Mes parents, eux, ne semblaient rien voir… alors je me suis tue, encore et encore.

Mon entrée dans la vie de jeune femme n’a rien eu de simple, évidemment. J’ai continué à affronter des épreuves, persuadée d’avoir laissé mes blessures derrière moi. Mais elles étaient toujours là, prêtes à resurgir à la moindre occasion.

Un jour, enfin, j’ai dit STOP. Et cette souffrance-là s’est arrêtée, net. Plus tard, j’ai compris que ce jour-là, j’avais mis un terme à un cycle qui me suivait depuis toujours.

Mais comprendre, ce n’est pas suffisant. Ce jour-là, j’ai senti que j’étais sur le point de vivre l’une de mes plus grandes douleurs… et tout mon être s’est rebellé. Quelques mots ont suffi. Quelques mots qui ont fait s’écrouler ce qui m’était infligé depuis l’enfance… ce que je m’infligeais en le revivant encore et encore.

Tu comprends sans doute mieux pourquoi j’écris sur les blessures de la vie… et pourquoi mes romans, malgré tout, sont emplis d’espoir. Car le but, c’est de s’en sortir. Mes héros, eux, y parviennent toujours.

Épisode 3 – Les mots qui sauvent, s’accrocher à la vie.

20231123_102359_a

À vingt ans, je me suis envolée, loin, très loin. J’ai fui aussi loin que possible, au bout du monde, pour bâtir un nouveau moi, un nouveau nid, une nouvelle vie.
Tout m’a éblouie. Ce que je vivais, ce que je découvrais. J’ai eu la chance, in extremis, de croiser des personnes influentes dans cet univers inconnu, des âmes protectrices et rassurantes. Avec elles, je me suis sentie bien, immédiatement. Enfin à ma place.
Une place toute neuve, où je pouvais construire un château solide.

J’ai avancé dans cette vie comme une enfant découvrant ses nouveaux jouets. J’avais rangé tous mes anciens souvenirs, toutes mes souffrances, dans des boîtes bien fermées à clé, persuadée de les avoir laissés derrière moi. Et, pour un temps, ce fut vrai… au moins pour celles-ci.
La vie était si belle, au début. Les amis, les rencontres, et ma copine qui m’avait précédée dans ce grand saut, abandonnant ses propres blessures en chemin. Nous étions comme deux âmes neuves en quête de bonheur, chantant à tue-tête notre victoire, narguant le passé.
J’y suis restée dix ans. Un paradis au début… l’enfer à la fin.
Je ne savais pas qu’on pouvait encore souffrir autrement. Je ne savais rien, en réalité. Mais au bord du gouffre, je me suis accrochée à la vie. De justesse. Heureusement…

Épisode 4 - Les mots de l’ultime décision, se sauver enfin

Banc2

Dans l’épisode précédent, je parlais de s’accrocher à la vie de justesse. Ce jour-là, j’étais si fragile émotionnellement que le gouffre m’attirait, tentant, presque salvateur. Si mes enfants n’avaient pas été là, j’aurais pu basculer. J’étais au bord du précipice, suspendue à un fil si mince qu’il menaçait de rompre à chaque instant.

Dans un ultime sursaut, j’ai franchi la porte du cabinet d’un psychiatre. Le jour même, j’ai quitté cette île qui, autrefois, avait été magique pour moi. Anéantie, effondrée… mais vivante. Avec mes deux enfants, mon bien le plus précieux, infiniment plus précieux que ma propre existence. Alors, le choix s’est imposé : me sauver, dans tous les sens du terme.

Aujourd’hui encore, je sais que ce fut la décision la plus importante de ma vie. J’avais tenu jusqu’au bout, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à presque me perdre définitivement. Pourquoi, me diras-tu ? Pourquoi ne pas être partie plus tôt ? Parce que, comme tu l’auras deviné, la douleur que je vivais prenait racine dans ma relation avec le père de mes enfants. Je ne pouvais m’éloigner de lui. J’y étais attachée, amoureuse, incapable d’imaginer ma vie sans lui. Il était mon soleil, mon équilibre, le sens même de ma famille.
Mais parfois, ce qu’on croit être une lumière n’est qu’un mirage. Et quand elle s’éteint enfin, on distingue peu à peu un autre chemin.
Me reconstruire a pris du temps. J’ai trébuché, j’ai traversé d’autres tempêtes, mais cette décision-là, celle de partir, fut le premier pas vers un renouveau que je n’imaginais pas encore possible.

Épisode 5 – Recommencer, mais à quel prix ?

20220128_141857a

Repartir à zéro, dans un monde que je ne connaissais plus… Dix ans sous les Tropiques changent bien des choses. Ma fille, âgée de quatre ans, refusait de se couvrir et ne supportait pas les chaussures fermées. Mon fils, lui, à peine un an, présentait des signes étranges. Je devais me concentrer sur lui tout en me battant pour reconstruire une base solide pour nous trois.

Il a fallu faire des choix, encore une fois. Trouver de quoi subvenir à notre petite troupe était la priorité. Ensuite, il y avait mon fils, dont les premiers troubles m’inquiétaient, et enfin ma fille aînée, que je confiais parfois aux bras de ma mère, le temps d’organiser notre survie. Mais cela n’a pas duré.

Qui a une belle relation avec sa mère ? J’envie ceux qui en ont une. De mon côté, c’était un vide abyssal. Un manque d’amour et d’affection qui s’était creusé en moi depuis mes plus lointains souvenirs. Ma fille n’a pas reçu plus de tendresse que ce que j’avais connu. Alors je l’ai laissée chez elle le strict minimum, juste le temps d’emmener mon fils à ses nombreux examens médicaux.

Je voulais aller vite, comprendre d’où venaient ses différences, les surmonter, passer à autre chose. Mais j’étais dans l’illusion. Aujourd’hui adulte, il vit toujours avec un handicap, léger, certes, mais bien réel, ancré dans son corps.

Le pire ? Après des tas d’examens, un neurologue m’a dit que ce handicap avait de fortes chances d’être lié au choc psychologique qu’il avait vécu… dans mon ventre. Cette phrase a tout fait vaciller. L’accouchement en urgence, le transport par trois ambulances, le SAMU aérien, la naissance avant sept mois dans des conditions extrêmes… Il avait subi mon chaos avant même de voir le jour. Et moi, je devais apprendre à vivre avec ça.

Épisode 6 – Une mère formidable

20230917_181700

Je crois que je suis une mère formidable.

Oui, je le suis. Loin de moi l’idée de m’envoyer des fleurs, mais quand on revient de loin, qu’on a traversé ses propres souffrances, qu’on a dû se faire violence pour ne pas sombrer… Quand la vie décide d’ajouter une épreuve de plus en mettant le handicap de ton fils sur la route à seulement un an… Et que malgré tout, tu tiens bon. Que tu fais ce qu’il faut, que tu te relèves encore et encore, que tu surmontes, la tête haute et le sourire en prime…

Je peux l’affirmer : je suis une mère et une femme formidable. Et puis, après l’avoir entendu tant de fois, il est peut-être temps que je l’accepte. Lol.
La suite ? Une route semée d’embûches. L’intégration de mon fils dans les structures éducatives… Un cauchemar. La cruauté des adultes, la méchanceté des enfants, et lui, toujours souriant, toujours gentil. Moi, en larmes, effondrée, en colère. Encore des batailles, qui ont duré jusqu’à la fin de ses années lycée. Par chance, il brillait sur le plan scolaire. On ne peut pas avoir tous les handicaps… Il a poursuivi de longues études et occupe aujourd’hui un poste à responsabilités. Je suis si fière de lui. Et de moi, aussi.
Quant à sa sœur aînée… Elle est devenue une femme formidable. Elle aussi a été profondément blessée par la séparation avec son père. Un père qu’elle admirait, avec qui elle passait tant d’heures… avant… avant qu’il ne change.

Épisode 7 – Le face-à-face tant attendu.

20181205_124817

Je parlais de ma fille aînée, si proche de son père quand elle était petite, du temps où nous vivions encore sous les Tropiques. Elle était sa princesse, son trésor, et il l’emmenait partout avec lui, fier de la présenter au monde. Alors, comment peut-on, après tant de complicité, se détourner à ce point de son propre enfant ? Cette question laisse un vide. Peut-être est-ce une façon différente, en tant qu’homme, de vivre les liens familiaux…

Le jour de ses 18 ans, ma fille a voulu lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur. Ce vide. Cette absence. Pourtant, elle n’avait jamais cessé d’essayer : les dessins qu’elle lui envoyait, ses demandes répétées pour le voir… Jusqu’au jour où elle n’a plus rien dit. Plus un mot sur lui. Comme si, à force de silence de sa part, elle avait décidé d’en faire autant.
Ce face-à-face tant attendu fut un moment clé. Stressant, éprouvant, mais terriblement libérateur. Je me souviens encore de notre conversation sur la route, juste avant son arrivée. Son souffle court, ses hésitations, cette peur qui la tenaillait au point d’envisager de faire demi-tour. Mais après plus de cinq heures de route et une nuit dans une ville voisine, elle était prête. Alors, elle est allée jusqu’au bout.
Cette blessure a mis du temps à s’atténuer. Longtemps, elle a porté ce manque de confiance en elle, ces doutes, ces peurs. Aujourd’hui, des années plus tard, je crois qu’elle s’en est libérée. D’ailleurs, ce n’est que bien après qu’elle m’a parlé de cette rencontre.

Episode 8 - Un Nouveau Commencement

IMG-20241231-WA0004

La vie a repris sa route, comme on a pu avec nos blessures, nous avons avancé. Ce chemin, loin d’être facile, fut le nôtre et nous l’avons semé au maximum de belles énergies.

Mon fils, dans ses jeunes années, était suivi de près par tout un corps médical. Entre opérations et suivis, il a pu trouver un équilibre à sa vie et dans son corps, même si encore aujourd’hui ce fameux corps est marqué par cette différence.

Il a toutefois la chance d’être un bel homme, avec des qualités exceptionnelles, une culture générale bien au-delà des miennes, une aisance qui lui permet de converser simplement avec des membres hauts placés. Il a, avec certitude, une belle âme lumineuse.

Après de nombreuses années de reconstruction, j’ai eu la chance de croiser le chemin d’un autre homme, d’une simplicité et d’une richesse d’esprit hors du commun. Il nous a portés tous les trois, sans demi-mesure, dans ses partages de bonheur, de complicité, de balades et d’échanges. Nous avons construit beaucoup ensemble, et il a servi de papa pour mes enfants en plus des siens. Ce fut une période où j’ai pu un peu souffler, où j’avoue m’être reposée sur ses épaules.

Épisode 9 – Retrouver sa Flamme

IMG-20250213-WA0008

Et puis une petite graine fut plantée, une qu’on n’attendait pas mais qui s’est invitée, comme une graine de la dernière chance vu mon âge. Nous l’avons accueillie comme un cadeau de la vie.
Durant plusieurs années, nous avons poursuivi cette vie tranquille, facile. Peu à peu, le bonheur a quitté mon corps et je ne me suis plus retrouvée dans cette vie. On pourrait se demander ce qu’il se passe dans nos têtes, pourquoi changer quand tout va bien. 

L’être humain évolue, et pas forcément de la même manière que les autres. Alors oui, j’ai quitté cet homme parce que l’amour pour lui m’avait quittée, même si je le considérais énormément, même si je n’avais absolument rien à lui reprocher. J’avais besoin de retrouver cette flamme en moi qui ne brillait plus.
J’ai bien sûr eu des moments compliqués. Lorsqu’on met un grand coup de pied dans un équilibre, tout s’effondre. J’ai appris à être séparée de ma dernière une semaine sur deux, j’ai appris à vivre avec les reproches de mes grands, qui avaient adopté cet homme comme un papa de remplacement.
Et puis le temps a fait le reste. J’ai repris goût à la vie, je me suis plongée dans l’écriture, j’ai fait de nouvelles rencontres et surtout, j’ai rencontré l’homme qui m’accompagne depuis.
La vie nous apporte ce dont nous avons besoin.
Je me suis accrochée à cette phrase. J’ai commencé à travailler sur moi, énormément.

Épisode 10 – Le travail sur soi

IMG-20250119-WA0001

Je me suis accrochée à cette phrase. J’ai commencé un travail intense sur moi-même. J’ai traversé des complications, tant dans mon être, avec mes enfants, que dans mon couple. J’ai souvent claqué la porte pour me sauver, me retrouver, retrouver mon équilibre. Et, à chaque fois, j’ai appris.
On apprend toujours, toute sa vie, et c’est quelque chose que j’ai compris.

Mon couple s’est effiloché, et j’ai quitté cet homme que j’aimais, pour préserver mon équilibre. Les femmes ont cette capacité de quitter, même quand elles aiment. Je me suis recentrée sur mes valeurs, sur ce que je voulais pour moi. J’ai fui ce que je ne voulais plus ressentir. Face à un mur, j’ai pris une autre direction. Je pensais que c’était définitif, mais je ne savais pas, à ce moment-là, que l’histoire n’était pas finie.
Puis, dans l’ombre, dans la brume de la nuit, l’homme est capable de bien des choses. N’y a-t-il pas une part de lumière, même la nuit ? L’un ne va pas sans l’autre. Cet homme que j’aimais, mais qui ne pouvait plus être mon compagnon, a trouvé une lumière en lui. Il a fait un travail sur lui-même qui lui a permis de se reconnecter à son être profond, sans rien attendre, si ce n’est la vérité et l’amour de soi.
Peu à peu, nous nous sommes retrouvés. Et depuis, nous sommes côte à côte.

Épisode 11 : Un Diagnostic qui Change Tout

IMG-20200917-WA0001

Entre-temps, un autre chaos a frappé. Mon enfant grandissait, partageant son temps entre son père et moi. Après notre séparation, quelques années ont passé. Le temps de panser les plaies. Nous avons repris contact, pour notre enfant, dans une éducation co-parentale, dans le respect et les valeurs que nous avions toujours partagées.

Nous n’étions pas devenus les meilleurs amis, mais nous échangions régulièrement. D’abord à distance, puis peu à peu, nous avons réappris à nous parler amicalement, à rire ensemble. C’était agréable de pouvoir échanger sans arrière-pensée. Et pour notre enfant, c’était précieux de voir ses parents se parler en toute sérénité, sans heurts. Elle avait compris qu’elle ne pourrait plus jouer de l’un contre l’autre, car nous échangions librement à son sujet.

Un jour, un autre jour difficile, un jour que je n’aurais pas voulu vivre, mais que j’ai vécu.
Cet homme, qui avait été mon mari, et restait le père de notre enfant, m’a annoncé une nouvelle terrible. Il m’avait donné rendez-vous après avoir déposé notre fille à son cours de théâtre. Pendant qu’elle répétait la pièce qu’elle allait jouer devant nous, il m’a appris la nouvelle qui allait tout changer.

Épisode 12 : Le Refus de la Lutte

001

Il venait d’être diagnostiqué de la maladie de Charcot. Son temps était désormais compté. Je me souviens de n’avoir rien compris sur le moment. Qu’était cette maladie ? J’en avais entendu parler, mais je n’en connaissais ni l’évolution ni la fin prématurée.

Tout s’est passé très vite. Il avait déjà des symptômes depuis un certain temps, mais il les avait attribués à la fatigue. Plusieurs fois, je lui avais suggéré de consulter, de faire des examens. Ses enfants, aussi, lui avaient conseillé d’agir. Finalement, il avait pris les mesures nécessaires. La maladie était là depuis un an. Il m’a alors expliqué sa vision de l’évolution de sa maladie, et cela lui semblait clair : il refuserait tout traitement, tout recours médical. Il n’avait plus qu’une exigence : vivre dans la vérité et l’amour de soi.
Après avoir pris soin de mon fils et géré ses nombreux dossiers médicaux, je me suis retrouvée à assumer le suivi de mon ex-mari. Désignée par lui comme sa personne de confiance, j’ai mis en place les aides nécessaires à son domicile. Je passais beaucoup de temps à m’occuper de lui, demandant de l’aide à ses enfants. Notre enfant vivait ce chaos qui grandissait peu à peu.
Je vivais désemparée, me demandant comment la vie pouvait être aussi impitoyable avec des êtres aussi beaux, et pourquoi, de mon côté, je vivais encore tant de catastrophes. Notre enfant vivait aussi ces moments, et ceux qui allaient suivre ne seraient pas plus simples.

Épisode 13 : L'Anxiété de l'Inévitable

Je vivais désemparée par ce que nous allions vivre, complètement dévastée. Je me demandais comment la vie pouvait être si impitoyable avec des êtres si beaux, et pourquoi de mon côté je vivais encore ces catastrophes. Notre enfant vivait elle aussi ces moments difficiles, et les suivants ne seraient pas plus roses.

J’ai pourtant dû me fâcher un jour avec lui, pour préserver notre enfant. Elle se retrouvait trop souvent seule avec lui la nuit, alors que la maladie prenait de l’ampleur. Le risque de la retrouver un matin face à son père inanimé me tordait le ventre. J’ai dû lui imposer de la récupérer en permanence et de ne la laisser venir que le jour, ce qu’elle faisait régulièrement, puisqu’elle était scolarisée non loin de son domicile. Les soins s’intensifiaient. Au départ, les besoins étaient de quelques heures par jour, puis à tous les repas : d’abord pour les préparer, ensuite pour les mixer, jusqu’à ce que ses repas soient réduits à une forme liquide qu’il devait ingérer à l’aide d’une paille, administrée par une infirmière. Dans son lit médicalisé, il ne bougeait plus que quelques phalanges dans les derniers temps.

Épisode 14 : Le Dernier Adieu

Et puis, ce jour-là, ce dernier jour où je l’ai vu, un jour marqué à jamais dans ma mémoire comme une brûlure. Ce jour où je suis venue avec notre enfant pour lui dire au revoir, car il avait décidé qu’il ne passerait pas le week-end.

C’était un vendredi, un beau vendredi, où la lumière brillait dehors, un soleil éclatant, tandis que les ténèbres envahissaient déjà nos cœurs. Nous avons évoqué l’amour qui nous avait unis, la bienveillance et le respect qui avaient marqué notre relation. Moi, avec mes mots, et lui, avec son pouce sur son application qui traduisait ses pensées.

J’ai regardé intensément ses yeux bleus une dernière fois, ces yeux qui versaient autant de larmes que les miens. J’ai tellement pleuré ce jour-là. C’est si terrible de pleurer la mort avant qu’elle n’arrive. On sait qu’elle est là, toute proche, qu’elle frappe déjà à la porte. Après plus d’une heure, à bout de forces, nous sommes parties. Seules, avec ce chaos. Seules, avec notre douleur. Nous sommes restées collées longtemps, ma fille et moi, pleurant encore.
Puis, cette petite phrase de sa part, parlait de délivrance, un soulagement dans son jeune âge. Elle souffrait tellement de le voir se dégrader qu’elle sentait qu’il fallait cette fin, pour lui, pour nous.
Ce ne fut pas une surprise de recevoir ce funeste coup de téléphone le dimanche matin, à 6h, pour nous annoncer son départ vers d’autres cieux…

2 réflexions sur “Quand l’écriture libère”

  1. Lanoes sandrine

    Je n’avais pas pris le temps de te répondre mais comment dire….
    A travers ses lignes, mon passé ressurgit, mon couple avec le père de mes filles, ( PN, bipolaire et alcoolique) ma vie d’enfant sans grandes émulsions de tendresse, la découverte du handicap de ma seconde fille, enfin bref.
    Ton récit transpire d’émotions, de combativité, de résilience, de bienveillance, d’espoir….
    Ton phrasé est fluide et donne l’envie de lire encore et encore
    Hâte de lire la suite…..

    1. Merci Sandrine pour ton retour, j’ai déjà remarqué que mes écrits résonnent chez certaines personnes, ton commentaire me touche, en plus il s’agit là d’un morceau de mon vécu.
      Tu aimeras mon prochain roman…
      Bien à toi.
      Valérie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *